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le 13-01-01
Suspendus dans le néant liquide, le soleil nous lance des jets de lumière au travers un plafond houleux.
Aujourd'hui, il fait beau.
La gravité nous aspire lentement et implacablement vers les profondeurs. Plus bas, la monotonie du lit
sédimentaire du St-Laurent est subitement brisée par un amoncellement de petites coquilles blanches; au
centre gît le Muscallonge sous un éclairage lunaire.
Des centaines de poissons de tout espèce camoufflent littéralement l'épave.
Il y a le crapet dont les yeux rougeâtres semblent trahir les lendemains d'une rude soirée; ils sont
partout, immobiles. Notre approche lente ne les effarouche pas. Comme milles yeux nous épient, nous
avons l'impression bizarre d'être le spectacle et non l'inverse.
Plus loin, un escadrille de mulets se nourrit béatement en aspirant le fond marin; ce sont les
concierges attitrés des lieux.
À l'abris du courant, un petit groupe de perches chaudes déplace nerveusement du nez le lit de
coquilles; cette mini turbulence propulse de la nourriture en suspension qui est rapidement gobée.
Quelques dorées jaunes se promènent paisiblement en groupe; à 90 pieds et près de l'épave, ils sont à
l'abris des pêcheurs.
Un palier plus haut, un brochet fait sont entrée. Il s'immobilise, stoïque, et analyse les environs.
L'atmosphère change. On peut presque sentir la nervosité des poissons, du moins des plus petits, qui
observent, inquiets, le prédateur à l'affut. Leur malaise s'estompe lorsque l'intrus disparait dans le
bleu d'un coup de queue.
En levant les yeux vers la surface, l'eau est sillonnée par un gros poisson chat que nous prennons
momentanément pour un requin de par son style ne nage fluide et sinueux. Serions nous narcosés ? Le
visiteur moustachu plane un peu au dessus de nos têtes puis s'esquive.
Il est temps de faire surface et rejoindre le Nepteau.
Il ne reste de l'épave qu'une moitié de la coque et tout ce qui était en métal puisque ce bateau,
constitué en grande partie de bois, a coulé par le feu. On peut voir la bouilloire, un peu de tuyauterie
et quelques mécanismes de propulsion. Par contre, en observant l'épave dans son ensemble avec comme
arrière plan le vert du St-Laurent, sa forme est quelque peu surréaliste. on dirait un engin grotesque
abandonné par l'armée russe dont personne ne connait l'utilité.
L'attrait principal ce ce site méconnu est l'abondance de vie marine. Toutes les espèces y sont
généralement présentes en grande quantité. Nos deux visites nous le confirme, aucune autre épave du
St-Laurent n'est comparable à ce niveau.
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